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#Coronavirus 2019 : quelle Espérance ?

Par Dr. Maillys E. BANDA

À l’aube de l’année 2020, le monde sort de son insouciance post-reveillon 2019 en apprenant qu’un nouvel agent pathogène de quelques centaines de nanomètres germait à Wuhan (Chine). Depuis, cet agent viral, que l’OMS a nommé ‘#Covid19’ pour ‘COronaVIrusDisease 2019’ ou maladie du Coronavirus, s’est propagé de son foyer chinois vers le reste du monde avec une dynamique de contagion interpellante, laissant très peu de temps aux systèmes de santé et aux chercheurs d’implémenter une riposte vincible. Après être passé par des jours et semaines de déni pour les uns, d’indifférence ou de passivité réactionnelle pour les autres, de nombreux pays du monde mesurent enfin depuis février 2019 que la mondialisation des mobilités est une réalité qui favorise la cinétique de propagation d’un virus aussi virulent, soit-il à 15000 km : le réveil des inconsciences collectives fut naturellement brutal !
Au-delà de la nécessité de la psychose infectiologique qui l’environne, quels premiers enseignements nous inspire cette énième pandémie ? En quoi cellle-ci, plus que les autres, pourrait ouvrir nos prétendues omnipotences à une nouvelle espérance dans notre rapport à la création ?

Synopsis infectiologique du Covid19

Le COVID-19 (ou nCOV2019) est une infection respiratoire sévère de type coronavirus, comme SRAS ou le MERS, causée par le SARS-CoV-2 (nouveau nom donné au virus par l’OMS depuis le 11 Mars 2020, après déclaration du stade pandémique de la maladie) [1-3]. Les chercheurs l’ayant déjà mis en évidence signalent un agent viral affectant la chaine polymérase de l’ARN des patients contaminés [2-3]. Ce virus serait vraisemblablement d’origine zoonotique, et bien que l’animal source ne soit pas encore identifié, sa transmission d’homme à homme est effective [1-2]. Les infections peuvent aller de cas asymptomatiques aux cas sévères (détresse respiratoire, mort). Les symptomes incluent la fièvre, la toux, la dyspnée… Près de 200 000 cas d’infections ‘officielles’ sont recensés à ce jour dans le monde [1], environ 83000 en Europe [4] et ~ 11000 en France [5]. Les chercheurs restent formels [6] : aucun remède (vaccin) n’existe à ce jour contre le SARS-CoV-2 à titre curatif. Seuls les soins hygiéniques préventifs limiteraient efficacement la contagion : hygiène des mains, toux sans projection de postillons, précaution aériennes, confinement, distanciation sociale…

Pré-Enseignements

Selon les types de sociétés infestées par le coronavirus2019, l’on ne dresserait certes pas les mêmes enseignements. Néanmoins, que pourrait déjà nous apprendre la révélation spectaculaire de notre vincibilité :

Théories complotistes :
Comme à chaque grands bouleversements mondiaux, les conspirationnistes œuvrent sans relâche à traiter le sujet selon divers angles. Le coronavirus n’en n’échappe donc pas. Pour certains, il s’agirait d’un virus prédit d’antan dans la littérature, le cinéma, les sociétés sécrètes… ou synthétisé dans les laboratoires d’un pays tiers pour asservir ses sujets révoltés. Pour d’autres, il n’affecterait pas les moins jeunes, tel ou tel pays/continent… Sur ce dernier argument, rappelons que les mêmes ont pensé autant avec les précédentes pandémies, telles le VIH-SIDA, la Malaria, Ebola… avant qu’elles n’endeuillent de millions de familles et engendrent des millions d’orphelins sur la terre. Toujours est-il qu’il existe bien un virus en cours, avec lequel se battent tant les malades et soignants que les chercheurs. Que chacun l’appelle selon sa préférence, y croit rationnellement/religieusement ou non, ce virus, réelle ou inventé, est l’occasion d’au moins questionner nos certitudes et écarter les rideaux de nos orgueils.

Modèle de société :
Voici que le confinement ré-apprend à des milliards de personnes dans le monde la précieuse saveur du ‘temps’. Les travailleurs, étudiants, parents et enfants… goûtent à la liberté non mécanisée des journées de routines qui en font des automates à produire sans se questionner. Alors que certains devront même se redécouvrir dans leur foyer (apprendre à passer du temps ensemble, à cuisiner soi-même, à faire (enfin) le ménage en profondeur, à éduquer soi-même ses enfants, à moins consommer tacitement…), voilà que la panique générale que favorise le coronavirus2019 questionne, a minima, le modèle de certitude des sociétés dites développées, prétendûment locomotives idéologiques du monde, et avec elle leurs états satellites. Voici qu’un virus de quelques centaines de nanomètres déstabilise tout un système de pensée monocristallin en révélant la vulnérabilité des pseudo-certitudes de développement, de bonheur, de complétude et d’auto-suffisances centrées sur l’accumulation de biens matériels, de la culture du déchet, de la fierté, de l’instantanéité, de l’omni-technicisation au service de l’accumulation d’intérêts insipides.
Ne sommes-nous plus capable de tout immuniser instantanément ? N’avons-nous plus la maîtrise omnipotente de la nature qui gêne nos imperturbables modèles de production ?
L’Homme qui a massivement investi dans la dissuasion nucléaire prend-il enfin conscience qu’il a des systèmes sanitaires insuffisants, que ses chercheurs sont précarisés dans les laboratoires quand des sportifs touchent des millions d’euros ? N’a t-on plus les millions d’euros dépensés en campagnes électorales pour investir dans le renforcement de nos défenses sanitaires ou l’achat de kits basiques de protection virale ? Ne sommes-nous plus à mesure de tout contrôler, tout comprendre, tout inventer contre l’agonie des plus vulnérables ? Sans prétendre avoir réponses à tous ces questionnements, nos réponses pourraient-elles au moins émerger d’une refonte de notre rapport même à la création ?

Chemin d’espérance :

Pour ceux qui ont en partage la foi en Dieu, quelque soit la religion du monde qui en polarise les fondements, pour les Hommes de bonnes volontés qui trouvent en la justice des raisons d’être au service du ‘développement intégral’ des autres [7], pour les incroyants qui voient en cette crise une occasion de croire, de se questionner ou de repenser (redécouvrir) une autre façon d’harmoniser le vivre-ensemble, puisse cette pandémie nous chanter une nouvelle espérance :

Celle d’un monde qui ne produira que ce dont il a besoin et non ce qu’il voudrait qu’on ait besoin pour entretenir une dépendance gustative, sanitaire, psychologique, morale ou idéologique. L’espérance  que le monde réalise enfin que d’autres ‘virus’ nommés : guerre, famine, déforestation, dictature, oppresion, dépossessions de terres autochtones, esclavage, précarisation intellectuelle… détruisent des millions d’humains dans le monde, tout aussi digne de vivre heureux dans leurs éco-systèmes d’origine mais contraints à l’exode migratoire vers le danger. L’espérance que la pureté d’air respirée depuis les confinements en cours perdurera pour le bien-être intégral de la planète. L’espérance que chaque membre de la ‘maison commune’ qu’est cette terre œuvre efficacement à l’équilibre des richesses, en recherchant le bien-être collectif. L’espérance qu’en dévastant la nature (Déforestation, urbanisation, industrialisation…) nous ne participerons plus au déséquilibre des habitats primaires, des éco-systèmes et des populations humaines, qui, tôt ou tard, par ré-harmonisation naturelle créeront nécessairement des nouveaux mécanismes de défenses secondaires qui renforceront nos vulnérabilités sanitaires. L’espérance que chaque investissement recherchera l’intérêt du plus faible, qui, en cas d’infection, représente aussi un danger pour le plus fort. L’espérance que nous gagnerons à mondialiser avec célérité l’accès aux soins, en favorisant des constructions (en dépenses continues et non en investissements ponctuels) massives de centres hospitaliers spécialisés, aussi nombreux sur terre que la croissance des échanges financiers ou vols internationaux. L’espérance d’être moins des sujets de consommations que de questionnements. L’espérance d’une communion interculturelle féconde, favorisant la rencontre neutre entre diversités culturelles du monde en vue d’échanger sur leurs expériences de sauvergarde de la création. L’espérance qu’user de la santé d’une société pour accumuler des richesses ne vaut mieux que rationner les richesses qui en germe en mesurant la pleine grâce de la santé. Enfin, l’espérance que notre vulnérabilité désormais actée nous enseigne, au moins, la saveur de l’humilité de Dieu.

Sources
[1] WHO: Coronavirus Disease 2019 (COVID-19): Situation Report–51. WHO website. Published March 11, 2020. Accessed March 12, 2020.https://www.who.int/docs/default-source/coronaviruse/situation-reports/20200311-sitrep-51-covid-19.pdf

[2] Zhu N et al: A novel coronavirus from patients with pneumonia in China, 2019. N Engl J Med. ePub, 2020
[3] Huang C et al: Clinical features of patients infected with the 2019 novel coronavirus in Wuhan, China. Lancet. ePub, 2020
[4] https://www.ecdc.europa.eu/en/geographical-distribution-2019-ncov-cases
[5] https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/infection-a-coronavirus/articles/infection-au-nouveau-coronavirus-sars-cov-2-covid-19-france-et-monde
[6] Leader mondial des éditeurs de publications scientifiques : https://www.elsevier.com/connect/coronavirus-information-center
[7] Pape François, Encyclique Laudate Si, Sur la sauvegarde de la maison commune, 2015


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